Les choses bougent. C'est un fait. Mais que faut-il espérer de ces subtils changements ? Faut-il laisser mon pessimisme conserver le dessus face à mes espoirs fébriles et, de toute évidence, vains ? Les efforts sont-ils payants en fin de compte ?
Rien. Il ne voit rien. Nada. Que dalle ! Il m'arrive parfois que la colère s'empare de toute émotion, même de la plus virulente des peines. Et dans ces moments-là, ce n'est pas l'envie de me faire sauter la cervelle qui manque. Ou alors la sienne. Tout dépend du taux d'égoïsme qui fulmine en moi pendant ces périodes. Il faut toujours que cela vienne de moi : le moindre effort, le moindre geste, la moindre attention... Rien de sa part. Ah si : de l'indifférence. Alors d'accord, les choses ont plus ou moins avancé, et peut-être devrais-je me sentir heureuse, soulagée, ou que sais-je encore. Mais qu'est-ce que ces futiles évolutions réprésentent en réalité ? J'ai fait des efforts, parfois même des choses que je me croyais incapable de faire. Et en fin de compte je me suis appliqué à aller contre mon gré. Pourquoi ? Uniquement dans le but de prolonger mes espoirs. On dit que l'espoir fait vivre, c'est connu. A vrai dire, moi il me tue. Car à trop espérer on perd sa propre liberté. J'implose, je me déchire de l'intérieur, je suis à bout. Je réfléchit trop, j'observe chaque option sous toute les coutures, j'élimine, je reviens dessus, j'élimine encore... et les seuls résultats concrets que j'obtiens sont une migraine attroce, une vision blasée du monde qui m'entoure, et des sautes d'humeur. Alors évidemment viennent les conneries, les dérapages, les craquages en public, les nuits blanches, les choses dont on a honte et qui nous collent à la peau. Tout cela à cause d'une chose à laquelle je m'étais refusée de m'abaisser et à cause de nombreuses prises de tête.
Alors en cette période de frustration et de stagnation, je n'ai qu'un mot en tête : rébellion. Je vais me faire sangsue. Discrète je l'avoue, mais une sangsue tout de même. Je vais laisser s'exprimer doucement et subtilement ma colère. Petit à petit, la libérer. Ouvrir les vannes, pour une fois. Je ferai en sorte qu'il ait ne serait-ce une minuscule pensée pour moi chaque jour. M'incruster dans son esprit. Passer en coup de vent dans son crâne. Une seule fois par jour, c'est pas sorcier. Le reste dépendra de son inconscient. Vu qu'il n'y a rien à attendre de sa part, je le forcerai. Je l'obligerai à me saluer. A me regarder. A entrer dans une conversation. Je ferai en sorte qu'il ne me supporte plus. Voire même qu'il me déteste. Peut-être cela sera-t-il plus simple ?
Comme ça, les sentiments seront pour une fois réciproques. Ou du moins en partie...
« J'pourrais flotter innerte, tu t'en balances ! »